Jui
Lettre ouverte à Jérémy et à l’équipe de Fremantle media France.
Face à votre insistance, je me dois de vous répondre. J’ai choisi la manière écrite et ouverte qui me permettra de m’exprimer dans la plus grande transparence et avec, j’espère, la plus grande clarté.
J’ai bien reçu les messages de Tristan, votre assistant. Tous les messages : via mon site, sur Facebook …
Vous avez sollicité mon contact pour que je participe à votre émission « Incroyable Talent » sur M6, au nom de la société Fremantle pour laquelle vous travaillez.
Je n’ai pas répondu, ni sur Facebook, ni par email, non pas par mépris mais tout simplement par choix. Je vais donc prendre le temps de vous expliquer mon point de vue et je vous serais gré de lire cette lettre ouverte en entier, en espérant que vous saurez y voir non pas un coup d’éclat mais un besoin de dire les choses.
Très sincèrement, il est impossible pour moi de m’imaginer dans votre émission, ça ne veut pas forcément dire que je ne la respecte pas, et encore moins que je ne respecte pas les artistes qui y participent, j’en ai d’ailleurs au cours de ma jeune carrière soutenu plusieurs.
Face à mon silence, vous, Jérémy, avez ensuite contacté ma Promo. Nous assurons actuellement à trois toutes les étapes longues et rigoureuses d’un lancement d’album, et vous connaissez l’état de l’industrie du disque alors imaginez ce que cela peut être pour un artiste comme moi, qui vient en plus de perdre son distributeur pour cause de liquidation judiciaire quinze jours avant la sortie de son album sur lequel j’ai travaillé deux ans et investi tout ce que j’avais.
Nous avons donc pris le temps d’en parler avec vous deux fois au téléphone (ce qui est normal et nous répondons à toutes les demandes avec la même attention.) puis d’en parler en réunion, tout cela à quelques jours de la sortie de l’album.
Nous avons enfin pris le temps, face à votre insistance, de répondre à votre invitation de rendez-vous le 21 mai, jour de la sortie de l’album, malgré un programme ultra serré. Vous avez rencontré Thierry qui s’est entretenu avec vous alors qu’il était un fait acquis que je ne voulais pas participer à cette émission. Nous vous avons préparé un pack promo pour vous offrir l’album, et je ne pense pas offrir mes albums à des personnes que je méprise.
Suite à ce rendez vous, nous en avons reparlé et je n’ai fait que redire « non », comme je le disais depuis le début très clairement (ou cela m’avait semblé être le cas), même si je ne doute pas de votre envie de travailler sur ce programme avec moi, et je ne doute même pas de la sincérité de vos intentions.
Votre insistance et l’énervement qui a été le vôtre au cours de votre dernier appel, me fait penser que vous ne comprenez pas qu’un artiste comme moi puisse refuser un programme comme le vôtre, c’est là où vous dépassez la limite et où je me dois de vous répondre clairement, pour faire respecter mon travail mais également les gens qui m’aiment. Cette lettre est donc ouverte de façon à ce que chacun comprenne bien. D’une part que les personnes qui me suivent comprennent pourquoi je ne ferai pas cette émission et d’autre part que d’autres personnes chargées de recruter des artistes pour ce genre d’émission sache pourquoi je les refuserai.
Je n’ai, durant tout mon parcours artistique, jamais rien accepté ni pour la médiatisation, ni pour l‘argent. Parfois je me dis que j’aurais dû, mais ces idées ne m’effleurent l’esprit que quelques secondes car, même si le public ne me connaît pas, j’ai la chance au moins de me connaître bien et de savoir ce que je veux et ne veux pas.
Concernant cette émission, je ne vois simplement pas ce que je pourrais y faire. Je suis sûr que vous auriez plein d’idées à me soumettre mais j’ai déjà beaucoup à faire, des envies et choses concrètes qui me correspondent et où je suis à ma place d’artiste qui donne de manière cohérente un spectacle au public qui l’aime.
Vous appuyez, et vous êtes fort habile, sur un point important : Le fait que je me revendique artiste « populaire » et que je veuille toucher un public populaire et le plus varié possible, et vous en tirez la conclusion que je ne suis pas honnête en refusant votre émission.
Oui je rêverais de pouvoir parler/toucher/chanter pour le public qui regarde vos émissions, mais pas à n’importe quel prix et pas à n’importe quelles conditions, et certainement pas sous la forme d’une audition.
Vous penserez surement que j’ai une bien haute idée de moi-même et ce que je fais, et vous avez commencé à l’exprimer à mon équipe en demi-teinte, mais oui je respecte ce que je fais et comment je le fais. Je respecte aussi le “peu de public” qui me suit déjà et je compte respecter aussi ceux qui vont me découvrir.
Je préfère attendre encore vingt ans et me battre encore pour rencontrer un public grandissant avec des moyens/media que j’estime adaptés. Je n’ai déjà pas grand chose, qu’on me laisse au moins la relation que j’ai actuellement avec eux. Car même s’ils sont peu nombreux, ils m’apportent beaucoup et je souhaite leur envoyer des messages forts, respectueux et à la hauteur de leurs attentes.
J’ai fait une faculté de cinéma, où j’ai appris les rudiments de la réalisation, j’ai fait un conservatoire d’art dramatique où j’ai travaillé trois ans et passé de nombreuses auditions en tant que comédien. A mon arrivée à Paris, j’ai passé de nombreux castings, je me suis beaucoup remis en questions, j’ai beaucoup essayé, cherché, souffert de tenter des choses qui ne me correspondaient pas, mais que je ne regrette pas, et certainement ferais-je encore des erreurs, mais c’était là le temps des auditions et des concours.
Le dernier concours auquel j’ai participé c’était en 2006 pour Levis et Les Inrocks où j’ai reçu un prix pour une chanson : « cochon de merde » . J’ai décidé ce jour-là, après 13 ans d’apprentissage artistique, de castings, concours de me lancer fièrement dans une carrière et de respecter cette vision « d’artiste » c’est à dire présenter mon travail, le partager directement avec un public.
C’est ainsi que, depuis, j’ai réalisé deux albums en tant qu’interprète et producteur, une galerie de portraits sonores, fait des concerts en France et en Europe, des expositions, des performances, de nombreuses collaborations, eu de nombreux projets épanouissants et enrichissants, certes peu médiatisés mais qui m’ont apporté une grande satisfaction et au cours desquels j’ai eu la chance de rencontrer un public formidable, et de partager des scènes ou des projets avec des artistes reconnus ou non, mais toujours des artistes dont je me sentais proche.
Si vous pensez que vous êtes le premier à me proposer ce type de programmes ou mises en avant, vous vous trompez : j’ai dit le même non à TF1, M6 et au magazine Entrevue, sur des concepts où vraiment (et sans jugement de ces sus-cités media) je ne voyais pas ce que je pouvais y faire. Au delà de vouloir ou ne pas vouloir, mon imaginaire était « vide » et pour que moi, qui possède un imaginaire débordant dont je peux même être l’esclave, je n’arrive pas à imaginer autour d’un concept c’est que, sans aucun doute, ce n’est pas pour moi. C’est peut-être malheureux, me direz-vous, et oui je suis triste de ne pas pouvoir toucher des personnes dans votre public qui certainement aimeraient ma musique et mon univers et triste aussi que des productions comme les vôtres ne fassent appel à des artistes comme moi que pour ce genre de coups d’éclats.
Si vous souhaitez produire une émission « Nouvelle star underground », avec tous les artistes undergrounds de France, qui travaillent dur et qui ont déjà leurs publics, alors je veux bien vous aider à la produire, mais on ne mettra pas de jurés, pas de buzzers et on repensera le concept de télé-crochet.
Savez vous que certains des artistes que vous approchez, et que je connais (car vous en parlez certainement entre vous, mais on en parle aussi entre nous, sachez-le) savez vous que certains sont blessés, que certains se battent et survivent pour faire exister des choses importantes, et que l’underground en France est un vivier foisonnant de talents et de gens très respectables, dont la plupart n’a plus à faire ses preuves ni à accepter de se faire buzzer ou interrompre pendant leurs prestations, par d’autres artistes qui sont leurs égaux mais qui eux ont eu la chance de vivre dans une autre époque, dans une autre industrie du disque, et de connaître la médiatisation?
Je ne pense pas qu’un artiste qui ait accès à la médiatisation soit plus valable qu’un artiste n’y ayant pas accès, car même si je voulais comparer mon travail à celui de Dave (je n’y pense même pas d’ailleurs mais vous me forcez à le faire) je n’aurais pas honte d’avouer que je pense que ma parole artistique a autant de poids et de valeur que la sienne.
Si par exemple, je décidais d’inviter Dave sur un duo avec moi, il ne me viendrait pas à l’esprit de lui faire passer un casting préalable. De la même manière je n’imagine pas un artiste comme lui se retrouver devant moi et devoir dire oui ou non. C’est autre chose ce que nous faisons, et que Dave soit juré dans votre émission, c’est son choix et je le respecte, je suis même plutôt pour, mais alors je vous demande de respecter aussi mon choix de ne pas jouer ce jeu-là.
Si votre groupe veut absolument me médiatise , vous pouvez faire tous les reportages que vous voudrez, mon travail est disponible et à partir du moment où je le partage, j’accepte qu’on en dise ce qu’on veut, mais au moins je l’ai donné en respectant les visions que j’avais et en respectant celui qui regarde, même si celui qui me regarde ne me respecte pas parfois, ça, ça m’est égal, c’est le jeu, et vous voyez que j’accepte les règles de ce métier, sinon je ferais autre chose.
Après, que vous aimiez ma musique, et je veux bien croire en votre sincérité et votre véritable envie de travailler avec moi, j’en suis très heureux et vous m’auriez envoyé un simple message pour me dire cela, j’aurais pris le temps de répondre, comme à chaque message que je reçois, même si je suis occupé.
J’ai toujours répondu avec beaucoup de plaisir à tous les messages, toutes les demandes d’interview, et je trouve ça normal. Là, il s’agit d’autre chose : Vous formulez une demande que je refuse. Votre insistance est légitime mais je ne comprends pas qu’un refus vous vexe et que vous deviez en être blessé au point de vous mettre dans une colère si peu professionnelle.
Maintenant considérez ceci : Moi-même, il y a de cela quelques années, j’avais tenté de joindre quelqu’un de Fremantle afin de proposer à la chanteuse Luce deux de mes chansons (qui j’ai finalement reprises pour moi dans mon dernier album que vous semblez aimer) J’avais insisté aussi. Mais je n’avais pas eu plus de réponse de leur part que vous n’en avez eu de moi jusque là.
Ce qui est trop loin de moi et ce que je ne comprends tout simplement pas, je préfère ne pas y répondre. Pas parce que je ne veux pas mais tout simplement je ne saurais pas comment le faire et ça me prendrait, si je m’y lançais, avec le souci de l’exactitude qui me caractérise, des pages et des pages, comme le message que je vous envoie aujourd’hui. Et malheureusement, je ne peux pas prendre ce temps pour chaque message.
Je suis désolé mais votre émission ne me parle pas. Plus que ne pas me parler, j’avoue l’avoir déjà regardée en éprouvant des sentiments souvent extrêmes. J’ai eu mal au cœur. Et si je ne suis pas Cindy Sander et que je ne pense pas être fait du même bois, sachez que j’éprouve beaucoup de sympathie pour toutes les Cindy Sander du monde entier, qui se font épingler dans des concepts sur-médiatisés où elles apportent, que l’on aime ou pas, une sincérité que d’autres s’évertuent à broyer ou a moquer. Et tout ceci à quelle fin?
J’estime déjà donner beaucoup, ne serait-ce qu’en faisant ce que je fais. J’ai donné toute cette année et l’année dernière à mon métier, en produisant un album, plusieurs EP, plusieurs singles, en produisant d’autres artistes, en faisant des concerts et en réalisant plusieurs clips, et tout ceci en gagnant très peu d’argent aussitôt réinvesti, sans jamais en profiter, pour donner ce que j’estime être le meilleur que je puisse faire pour ceux qui me suivent et pour moi-même, car si je ne gagne pas d’argent, au moins que je puisse me respecter en tant qu’artiste.
Parfois je me trompe, comme tous les artistes, car j’aime tenter, jouer, essayer, et je ne renonce jamais à prendre du plaisir à faire quelque chose, car le plaisir se voit et se partage, c’est une valeur que je ne veux pas oublier. Vous citez Sébastien Tellier et l’Eurovision, je ne pense pas que ce soit comparable, outre la barbe et les cheveux, mais vous ne tapez pas totalement à côté. Oui je ferais un programme comme l’Eurovision car c’est un programme qui me parle et où je pourrais m’exprimer au moins en entier, sans être arrêté pendant ma prestation et donc faire mon métier.
Je n’ai pas peur du jugement, sachez que j’expose librement mon travail depuis des années, et libre à tous sur internet de laisser leurs commentaires, d’aimer ou de ne pas aimer, notamment sur YouTube, et notamment de ne voir que la moitié de mes vidéos s’ils le souhaitent.
Mais si certains veulent les voir en entier, ils en ont la possibilité, et au moins, moi je me suis laissé la chance de la faire en entier sans être arrêté.
La scène et la représentation sont pour moi un espace sacré, où cette notion de devoir faire ses preuves « à tous prix » n’a jamais existé, outre pendant mes années de conservatoire.
Un jour, j’ai pris la décision que ce serait mon métier, non sans mal et j’ai toujours de la difficulté à faire exister mes projets. Mais au moins, l’espace de la scène, que ce soit un tournage de clip, un concert, une performance, est respecté en tant que tel et, malgré les moments durs, le manque de moyen, c’est là que je sais que je suis à ma place, le seul endroit où je peux me connecter librement avec ceux qui me suivent et leur donner le meilleur, tout en me respectant, donc en les respectant.
Face à mon ultime refus transmis par Thierry Chollet-Berger par téléphone, vous avez téléphoné à nouveau sur un ton un peu plus offensif et disant ne pas comprendre que je ne vous accorde pas de temps en personne.
Je suis extrêmement désolé de vous dire que je ne vous rencontrerai pas pour parler de cette émission, que je ne souhaite pas faire, et j’espère que ma longue explication aura le mérite de vous montrer que je vous respecte assez pour vous donner une heure de mon temps à l’écrire, et sachez que je reste totalement disponible pour travailler ensemble sur d’autres projets qui nous correspondraient à tous deux.
J’espère que vous ne verrez pas dans ma lettre ouverte un quelconque mépris, mais je me devais de vous répondre longuement pour clore ce chapitre et envoyer, j’espère, un message clair et personnel, ce que vous semblez réclamer.
Si vraiment Fremantle souhaite travailler avec moi, je vous demanderai de vous libérer de cette envie pressante de me voir participer à cette émission mais plutôt d’imaginer comment nous pourrions le faire sur une autre émission ou un autre concept. Il y a plein de possibilités et vous avez certainement plus de contacts dans ce métier que moi; je ne suis fermé à rien, tout est possible pour moi, du moment que chaque partie peut y trouver une envie commune.
Je reste à votre disposition si vous souhaitez faire ce que je sais faire, c’est à dire mon métier, une interview, un reportage, un showcase, une diffusion de live.
Bien cordialement,
Pierre Pascual
(Artiste underground depuis 2005 et artiste populaire peut-être un jour)

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