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Le monde des images
Quand on choisit de devenir interprète, qu’on choisit de représenter ce que l’on est, avec des mots, des images, de la musique, peu importe, on est toujours soi, le moi intime, et le fantasme de ce que l’on aimerait être, faire. Ce fantasme rêvé avec le temps devient une vérité, un soi à part entière, car à se confronter régulièrement avec un rêve, on l’épouse et on finit par comprendre qu’il était là depuis le départ, un peu incertain, un peu maladroit. Pour ma part ,une partie de moi est devenue cette créature et je n’en ai pas honte, par créature je n’entends pas une personne, mais une idée, une réalité, une chose, et beaucoup savent combien j’aime prendre soin des choses.
Je danse dans ma chambre, c’est un peu l’histoire de la chambre d’un ado différent, rejeté par une partie du monde. Je n’ai pas envie de parler au nom de tous les ados ou de toutes les personnes, qui pour x et y raisons, ont été exclus d’une partie de ce monde, mais je sais qu’on a tous au moins en commun le fait d’avoir du grandir dans un monde qui n’est pas totalement fait pour nous, où il a fallu se battre pour prendre sa place. Les raisons exactes, le pourquoi du comment, n’ont pas d’importance, ce qui compte c’est le ressenti et les traces que ça laisse. Pour ma part, ma chambre est faite de recoins dévastés, d’une tunique trop grande, informe, ni belle ni laide, que j’enfile pour m’amuser, de beaucoup d’images de moi, de polaroids et aussi des talons de maman qu’on met en cachette, et du blouson de rock star à franges qui nous fait sentir puissant et différent.
Il n’y a pas de honte à vouloir être différent, et souvent cette différence n’est que le reflet bienveillant de ce que l’on est vraiment.
Ca fait longtemps que je ne me pose plus la question du bon gout mais plutôt de l’image exacte que j’ai en tête et que je veux retranscrire. Cette image est parfois belle, parfois laide, parfois exacte, parfois inexacte mais a toujours un point commun avec les précédentes, j’ai voulu à un moment précis me battre pour la partager.
Qu’on ne m’aime pas, qu’on se moque de moi, ça m’est égal, ça ne m’a jamais empêché d’être heureux, de faire ce que je voulais faire, d’avoir des amis, de trouver l’amour, de partager, d’être compris et de trouver un petit coin de place où mettre ce que j’avais créé, qui était toujours c’est la vérité un peu trop imposant pour moi ou du moins trop imposant pour le petit coin qu’on me proposait en arrivant. Mais mes démons, mes fantômes, mes montres m’accompagnent depuis toujours et c’est depuis que je les regarde en face que je suis un peu apaisé et dans toute cette histoire, les monstres ne sont pas toujours là où on pense qu’ils sont.
Je suis toujours étonné de la violence de celui qui ne veut pas voir. Personnellement, j’essaye d’être en paix avec ça, je regarde tout, j’essaye de ne pas me cacher trop de choses, et je ne réussis pas toujours. En tout cas, c’est ça qui me permet de vivre dans ce monde sans devenir totalement fou.
Quand j’ai commencé, j’avais une soif d’être aimé insatiable, et je ne vais pas mentir, j’ai toujours envie d’être aimé, comme tout le monde, mais cette soif d’amour m’a fait souvent reculer, renoncer voire même arrêter. Maintenant, je crois que je préfère être détesté pour ce que je suis qu’aimé pour ce que je ne suis pas.
Dans les moments où je suis attaqué, violemment, gratuitement, ça a au moins la vertu de me rapprocher des gens que j’aime, de me concentrer sur les points positifs de cette vie, et avec le temps on s’habitue.
Il faut juste vivre avec cette idée que la violence arrive n’importe quand sans prévenir et qu’il faut essayer de ne pas y prêter plus d’attention qu’elle ne le mérite.
Parfois la violence me fait pleurer, qu’elle qu’elle soit et depuis toujours, mais je suis toujours là, vivant, et la violence ne gagne jamais, c’est la seule certitude que j’ai et qui me fait me sentir fort et qui me rend fier.
Et quand l’image n’est ni belle ni laide, ni précise ni imprécise, il faut apprendre à voir cette image dans tous les yeux, au travers de tous les prismes, et qu’elle vive sa vie d’image. Moi j’essaye, à côté, de vivre ma vie d’homme. Même si dans ce monde d’images, la complexité d’un être humain demande du temps et de l’attention, souvent plus que ne le permet le temps des yeux du monde, qui avalent les images, les unes après les autres, sans se soucier de savoir qu’un jour quelqu’un a rêvé cette image. Et qu’un rêve, c’est ce qui nous unit tous, les rêves sont différents mais les rêveurs sont les mêmes.



